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j'ai retrouvé ce texte de 2015, cw truc un peu dégueu et un peu mi-neg mi-pos (il a des défauts, aussi hihi) 

J'entendais son souffle derrière moi, on sautait, on courait, sur les toits de Paris - quelle ville de merde, si belle la nuit. J'avais le vertige mais rien à foutre : j'avais mes jambes, mes bras. En bas, à toute heure, les passants se pressaient, et les voitures grondaient.
« La vie à chier qu'ils doivent avoir. »
On s’est arrêté au plus haut d'un bâtiment vide.
Il avait fait si chaud. L'air du soir me soulageait.
« Il faut qu'on parte d'ici, qu'on aille quelque part où il n'y a personne »
Et nos rêves de silence, les odeurs ; ici, d'en haut, la ville grouillait d'inhumanité.
« L'air pue. Quand on respire, on respire les hommes, les femmes. On respire leur peau, leurs cheveux, leur sueur et leurs emmerdes. »

Je partageais ses pensées, mais je les savais vaines. Qu'importe où je me trouverais, je voudrais partir.

Car je me lasserais.
Sur les toits, je l'écoutais parler, quand elle prenait sa voix grave pour pisser ses phrases, et les moteurs, l'air qui vibrait, qui nous poussait, nous harassait de syllabes gutturales.
"Pour sûr, on a tout lu, tout entendu, mais il faut le dire encore, et en plus cru, en plus hard core" et laisser mon cerveau se délecter de sa poésie des corps.
J'aime les mots quand ils sont violents, Lorsque les visages se crispent pour les dégueuler, quand ils me martèlent, quand ils m'agressent .

Je rentre toujours en traînant des pieds. Odeur de pisse et de pourriture. Je croise le même homme en train de fumer, accoudé à sa moto, à toute heure de la nuit. Il regarde les gens passer, il ne dit rien, je ne le salue pas. Il m'emmerde à se taire. Je vois mon immeuble, mon appartement et mon dégoût. Je suis happé par sa moiteur, les murs suintent et transpirent, j'aime et je hais ce lieu autant que je déteste ailleurs. Où que mon cul se pose, mes jambes râlent et me supplient de partir.

Mes journées n'ont qu'un seul rythme, qui se répète encore et encore: chaque soir, le soleil se lève; le matin, il se couche. Et le jour, comme en ce jour, mon dos contre mon mur, je le passe sans l'odeur de mes tuiles ou mes vieilles pierres, le froid des cavernes ou le marbre des églises que j'aime toucher du bout des doigts. Sans la pierre stérile et immuable. Je plie mes bras, mes jambes. Je les serre contre moi. Mes pensées sont aveugles. Je ne vois rien. Je n'entends rien. La pièce est sombre et je veille. Mes paupières tombent mais j'ai tant à penser. Le sol est frais, lisse sous mes pieds. Je n'ai rien à faire, j'emmerde le monde, je reste assis, les jambes contre mon torse. Je suis ravis de croupir ici, en attendant la nuit. Elle boue dans mes veines, je la sens qui grouille, mon cœur bat sa rengaine.

Le soleil tente de percer et laisse un rayon sur le sol. Ma tête bourdonne, les mots s'entrechoquent.
Un cheveu blond entre deux lattes. L'odeur de cigarette près des WC. Les tâches d'humidité sous ma fenêtre. Tout est si humain. Ma main au mur, je les entends penser. On ne me juge pas. Le sol est marqué. En fracas, des objets l'ont frappé. Ici et là, dans les blessures du parquet grinçant, un peu de tristesse que la chambre charnue étreint et console. Je la vois sombre, exiguë, transpirante. Mes doigts sur ses égratignures, ses croûtes, ses débris, elle est vivante.

J'ai abandonné ma peur du noir pour mes terreurs diurnes, je ne crains plus les silhouettes mais l'ombre de mes monstres. Enfant, je perdais tant de temps à inspecter sous mon lit, je perdais tant de temps à écouter chaque bruit. Ces grincements qui me hérissaient le poil, ces râles rauques qui me coupaient le souffle. Je les ai troqués pour l'horreur des regards des hommes, femmes, enfants qui, en une main lourde sur mon épaule, me font frémir et tétanisent mes pensées.

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Cornichon

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